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samedi 30 juin 2012

L'inconnu

Il y a tout juste un moment, il aurait pu avoir un nom. Mais je n'arrive pas à le nommer. Parce que je voudrais qu'il n'existe pas. Pas maintenant. Et pourtant il est bien réel. Comme ce cri qui pince mes cordes.

Un tournant. Un face à face. Une joute.

Et pourtant il sait que j'ai déjà perdue. 


Ou c'est plutôt à mon avantage qu'il le croit.

Il n'y a pas qu'aux cartes qu'on peut bluffer, un peu. 


Je n'ai pas joué depuis longtemps.

mardi 13 décembre 2011

Viens.

Descend avec moi. Je te tiendrai la main.

Je ne connais pas le chemin mais je l'éclairerai pour toi.

mercredi 16 avril 2008

Je suis une mosaïque.


Oui, c'est vrai. Un ramassi de souvenirs, de bribes de conversations glanées ici et là, de baisers donnés à des inconnus, de corps offerts à mes yeux pour la première fois, de journés, de minutes, de secondes, je les accumule sur mon dos, au creux de mes reins. J'avance lentement, avec ma mosaïque. Je suis cette mosaïque. Comme un tableau infiniment grand qui s'étire dans une spirale étourdissante de couleurs. C'est moi, la mosaïque. Selon mon humeur, les motifs qui s'y impriment, changent. De noir violacé, je passe à rose, vert, bleu... une multitude de forme qui s'imbrique l'une dans l'autre, une partie de moi, une partie de vous, je n'ai pas toujours votre autorisation.


Je pourrais en avoir honte, je pourrais m'en cacher... ou essayer de me retrouver moi, l'unique. Mais si c'était ça ma vie ? Et si cet assemblement de morceaux de verre si légers, était le but ultime de mon passage sur terre ? Un millier de sourires sur mon visage. Je suis une mosaïque. Aime-moi.

dimanche 30 mars 2008

Mon coeur... comme une pelote à épingle.

Chaque minute de retard, une aiguille.
Chaque seconde de plus sans recevoir le coup de fil promis, dix aiguilles.
Chaque «Ah je m'excuse, j'ai complètement oublié!», cent aiguilles.
Chaque «Désolé, il faut vraiment que je parte» après qu'on ait fait l'amour, mille aiguilles.
Chaque fois, je me disais que tu finirais par les enlever une à une. Jusqu'à ce que je m'apercoive que chaque fois que tu en retirais une, je n'arrivais plus à compter celle qui se rajoutaient.
J'ai mis du temps à comprendre que j'étais la seule à pouvoir refuser, à pouvoir comprendre et partir, à pouvoir pardonner.
Merci, grâce à toi, j'ai ouvert les yeux. J'ai rencontré un type bien qui n'a pas pu ôter ces épingles à ma place, mais il me souriait et jamais aucune autre n'est venu se planter dans mon petit coeur.

Je me suis mise à la couture depuis. Je me confectionne de jolies robes, celle que tu répugnais tant à me voir porter, de peur que je puisse me rendre compte que j'étais belle moi aussi. Mais sincèrement, de mon coté, je te trouve beaucoup plus beau depuis que je t'ai empaillé. Tu m'es surtout très utile... quand j'ai besoin d'une pelote à épingles.

lundi 17 décembre 2007

Mademoiselle Infidèle

Ses cris raisonnaient à mes oreilles. Elle était furieuse. Je tournai le dos, prétextant avoir quelque chose à faire alors que je savais que c'était faux. Elle le savait aussi. Elle criait de plus belle. Je plaquai mes mains de chaque coté de ma tête dans l'espoir d'améliorer la sono.
Peine perdu.

Et puis clac ! Comme un fouet, c'est sorti :

- Tu ne m'écoutes jamais !

- Mais oui je t'écoute. Et chaque fois, je frôle la catastrophe. J'y peux rien si tu veux te conduire comme une idiote.

- Tu comprends rien, je fais ça pour toi...

Je la voyais venir avec sa mine boudeuse. Elle se fit douce, sucrée... et collante, comme du sirop d'érable.

- Et puis... on s'est bien amusées la dernière fois, non ?

Silence.

Ne pas lui répondre. La laisser s'obstiner contre elle-même. Elle aime ça. C'est déjà ce qu'elle est en train de faire de toute façon. Je chassai mes pensées en balayant et me mis à laver minutieusement la vaisselle.

- Alors on le fait ?

Re-silence.

- Je vais prendre une douche.

Je m'approchai du miroir et commençai à me dévêtir. Frémissement subtil au coin de sa bouche. Elle ne souriait pas mais je pouvais lire dans ses yeux. Sa victoire approchait.

J'entrai dans la douche avec la ferme intention de m'ébouillanter. Ma peau rougit et bientôt je me mis à respirer de la vapeur, question de tester mes branchies. Je réussis à m'engourdir. Satisfaite, je risquai un pied hors du bain. J'étais légèrement étourdie. Je fermai les yeux. C'est passé.

J'ouvris la porte.

- Aller on y va.

- Non, c'est complètement insensé.

- Je veux y aller.

- Mais pourquoi ?

- Je veux y aller, bon !

Je patinai, mon cerveau gauche voulut faire une passe à celui de droite mais celui-ci la rata de peu. Je bafouillai.

- Oui mais je n'ai pas envie d'y aller, c'est du suicide et tu le sais.

Elle sourit. Pas un vrai sourire. Juste un plissement au coin de ses lèvres. Mais c'était sa manière de sourire.

- Mais non, ça va aller. T'as toujours la trouille. Tu sais que ça sera un bon moyen...

Elle me fixa et attendit.

- C'est bon t'as gagné. Mais c'est juste parce que je veux pas t'entendre chialer plus longtemps.

Elle ricanait.

- C'est même plus drôle, je gagne tout le temps.

- Fais gaffe je peux encore changer d'idée.

- Tu ne feras pas ça, tu le sais.

J'eus soudain un peu mal au cœur. Je pris mon manteau le plus lentement possible.

- Dépêche-toi, on va être en retard !

(...)

J'en avais plein les poches. Et la neige qui s'agglutinait sur mes cils faisait couler mon mascara. J'avançai bravement jusqu'à l'autobus.

- Grouille !

(...)

- Bon tu vois bien que tout est fermé ça marchera pas.

- Arrête de geindre, il y a surement un autre moyen.

(...)

L'auto glissait. La neige était partout, c'était aveuglant. Mon cœur battait à tout rompre ou du moins à démolir les fondations du Vieux-Québec.

Mon esprit se croyait drôle, qu'est-ce qui m'avait pris de l'écouter.

Le trajet me parut durer quatre jours. Mille fois, je nous vis prendre le fossé d'attaque et rebondir sur la chaussé glissante pour finir notre course dans la rivière. Il s'en fallut de peu. Mais mille fois la tempête nous recracha un peu plus loin comme si elle prenait plaisir à ne pas nous avaler, pour nous goûter plus longtemps.

Ses yeux brillaient. Elle était heureuse ou du moins, sur un très gros "high".

Mon cœur me dit qu'il n'allait pas endurer ça plus longtemps.

Les kilomètres s’égrainèrent les uns après les autres. Je les comptais. Au fond, ça m'était égal. Et puis, il en resta de moins en moins. Je repris espoir.

Finalement arrivée, j'applaudis. Je tremblais.

Je téléphonai à Mathieu pour lui dire que j'étais en vie.

- Oui ? Je suis arrivée... Je sais, c'était dangereux. Non, non, tout va bien... Pourquoi ? Bah, j'en avais envie, c'est tout... Bon j'arrive.

Je raccrochai.

Il ne tombait plus que quelques flocons. Puis je me suis souvenu.

Elle se mit à rire, rire, rire. Un rire aigu.

Je criai.

Mais le son que j'entendis fut celui de mon propre rire. J'exorcisais mon stress, cette chienne de peur a qui j'avais lancé mon pied en pleine gueule.

Je ricanai pendant quelques secondes encore puis je murmurai juste pour moi, tout bas :

- Je te l'avais dit.